Il y’a bientôt quarante ans, à la faveur des niches inoccupées par les musées et dans un contexte de rupture sociale et culturelle avec les décennies antérieures, émerge le concept d’écomusée en même temps que débutent les premières démarches expérimentales, d’abord au sein d’espaces ruraux dévitalisés, puis également de territoires marqués par la présence de villes et d’activités industrielles à l’avenir incertain.
L’écomusée du Creusot-Montceau affiche, dès ses débuts, une ambition stimulante : faire prendre conscience, tant au sein de la population locale elle-même que chez ceux qui sont de passage, de l’intérêt et de l’importance d’une culture marquée par le fait industriel, d’une culture à la fois singulière, parce que liée à un îlot entouré par un espace rural, mais également partagé par un grabd nombre de personnes, celles vivant dans l’ensemble des agglomérations nées de l’industrialisation.
Sur son territoire, qui correspond à celui de la toute nouvelle Communauté urbaine Le Creusot-Montceau-les-Mines (1970), l’écomusée s’engage dans la connaissance et la reconnaissance des diverses expressions de cette culture en s’intéressant tant à ses manifestations matérielles (formes urbaines et architecture, productions industrielles et machines, représentations...) qu’immatérielles (formes de sociabilité et histoire des relations sociales, savoirs et savoir faire...)
Alors que l’écomusée est encore en gestation et que ses géniteurs en proposent une préfiguration à travers le musée de l’homme et de l’Industrie (un musée alors sans collections), à l’issue des visites de l’exposition temporaire Travail-Invention, Chris Marker qualifie celui-ci de "musée de questions" (MARKER Chris, "Au creusot, un musée de questions", L’estampille, n°42, mai 1973, pp.37-40).
Cette expression rend bien compte de enjeux et des ambitions en cette période : contribuer, par une stimulation de la curiosité, à une meilleure compréhension de sa propre culture ( et dans la cas présent de la réalité de la culture industrielle), renforcer les capacités d’analyse critique par les confrontations de points de vue et par le dialogue entre les expressions de cultures qui s’ignorent, permettre à chacun de se forger une opinion personnelle sur telle période ou de tel fait, sur telle pratique ou tel événement, permettre à chacun de construire une distance vis-à-vis d’une histoire officielle et de points de vues convenus très fortement marqués par 150 ans de contrôle de la société par l’entreprise (les établissements Schneider au Creusot et, dans une moindre mesure, les houillères du bassin de Blanzy-Monceau).