
Sortie de l’ouvrage « Les Maures et l’ Esterel » de Pierre Foncin, réédition du texte et des illustrations de 1910 augmentée d’un cahier photographique de Jean Belvisi, disponible depuis aujourd’hui ( bon de commande ci joint téléchargeable)

Pierre Foncin est connu de nombreuses générations d’élèves par le souvenir des cartes de géographie de leur école primaire ; ils ignoraient alors, le plus souvent, l’identité de l’auteur. Né en 1841, l’homme appartient à cette génération de grands explorateurs du savoir, qui, au XIXe siècle, renouvellent la manière de voir le monde et jettent les bases des sciences humaines modernes. Profondément humaniste, résolument engagé dans l’enseignement public, il fait partie, avec Jules Verne, de ceux qui fondent l’Alliance française, en 1883. Il est considéré comme l’un des pères de la géographie historique. Le Géographe précurseur est venu s’installer à Cavalaire en 1890, où il fait construire Lou casteou dou souleou, qui deviendra par donation la première propriété du Conservatoire National du Littoral. Le site est doublement emblématique : première propriété du Conservatoire du littoral, la Maison blanche, amer pour les marins, est en train de prendre rang, tel un « amer culturel » en région Provence-Alpes-Côte d’Azur dans un projet phare consacré à l’histoire de la cartographie littorale. "...le pays des Maures et de l’Esterel forme un tout distinct du reste de la Provence. C’est à la fois un pays méconnu et défiguré. Pourquoi ? parce qu’il a toujours été pauvre et presque désert et que de bonne heure, on a pris l’habitude de le rattacher comme accessoire à d’autres contrées plus riches... ...Hyères n’est pas dans les Maures, Hyères est la porte des Maures..." A un siècle de distance, le regard du géographe sur ce territoire écartelé et toujours en attente de projet de pays étonne de toute son acuité.
Ecrit en 1910, « Les Maures et l’Esterel » est son dernier ouvrage, en quelque sorte un testament de son art de faire de la géographie. A lire le lyrisme décalé pour cet homme de science, inspiré, sans nul doute, par la beauté sauvage du massif, on se prend à devenir quelque peu chauvin et à l’envie de s’inviter au jeu de rejoindre les générations de géographes et d’habitants, qui, depuis Vidal de la Blache jusqu’à Etienne Juillard et Serge Rezvani, se sont passionnés pour ce bout de territoire du Var, et y trouvèrent leur source d’inspiration pour l’art d’écrire le territoire. Ainsi, valant leçon de choses, l’écriture des Maures de Pierre Foncin s’ajoute comme une ressource supplémentaire, patrimoine littéraire de ce pays riche des ressources fabuleuses qu’elle chante ; elle devient leçon de géographie et pourrait prétendre à être leçon de territoire. Puisse cette réédition participer, à sa modeste mesure, à ces deux objectifs : œuvrer à la renommée que Pierre Foncin mérite, et redonner un coup de projecteur à ce territoire des Maures si attachant et dont l’enjeu contemporain et de maintenir la cohérence du massif, de la plaine à la mer.
Lumineux, le cahier photographique de l’artiste Jean Belvisi participe à cette invitation.
Avril 2008
Odile Jacquemin
Architecte-urbaniste
Docteur en histoire du paysage
