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Odile Jacquemin est architecte, urbaniste et docteur en histoire culturelle. Dans la filiation d’un métier engagé,il y a trente ans, au sein du mouvement des Caue(Conseil d’Architecture, d’Urbanisme, et de l’environnement), elle a créé l’association Mémoire à lire, territoire à l’écoute où elle explore les pratiques d’historien du paysage dans une ingénierie culturelle territoriale au service d’une culture partagée, héritière des missions d’éducation populaire, visant l’appropriation par le citoyen des domaines de l’aménagement, de l’architecture ou de l’urbanisme, très souvent monopolisés par le monde de l’expertise. Ses recherches portent sur la médiation de la complexité, notamment à partir du paysage, posé entre arts et sciences, pour partager points de vue et croisements de regards. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrage dont Eaux et fontaines du Var, publié chez Édisud en 1996, Hyères, territoires littéraires, des Îles à la ville et Hyères, une ville en images publiés en 1998 et 1999 aux éditions Mémoire à lire, territoire à l’écoute.
Elle publie ici le sixième et dernier chapitre de sa thèse de doctorat consacrée à l’histoire du paysage hyérois : Hyères et la rade, la formation d’un paysage urbain entre terre et mer, de 1748 à nos jours.
Verser au débat public le matériau d’une thèse universitaire est, à un moment où le calendrier électoral redonne une plus grande attention à la question du projet urbain est une occasion pour l’auteur de poursuivre son plaidoyer pour faire de l’histoire un outil au service du projet et de l’histoire du paysage un outil d’éducation citoyenne.
A partir d’un entre terre et mer méditerranéen, celui du vaste territoire de la commune d’Hyères, englobant sa rade et de ses îles, pris comme cas d’école, l’auteur développe ici cinq réflexions qui concernent autant les enjeux des littoraux que les questions plus générales de l’aménagement du territoire et du paysage.
- La première est un plaidoyer pour faire de l’histoire une science de l’action, au service des projets de territoires. Le propos de cet ouvrage reprend le chapitre de sa thèse de doctorat d’histoire, la période contemporaine - de 1976 à nos jours - où, sous le sous-titre de l’histoire à l’évaluation, de l’histoire au projet, est en question l’histoire des temps présents et la valeur des « leçons de l’histoire » comme matériau du projet.
- Le deuxième développement est un essai de méthode, relatif à la délicate transition entre l’exercice d’histoire et celui de l’évaluation : « l’évaluation », posée comme un des piliers de l’aménagement durable, et pourtant, rarement de mise : les dix huit chapitres qui déclinent ici les questions du logement, de l’infrastructure routière, de l’eau et du climat, du foncier, de l’agriculture, des équipements, des ports et plages, du patrimoine maritime, naturel et culturel, du paysagisme et de l’embellissement, du musée de territoire et du conservatoire , ... telles les facettes d’un kaléidoscope sont proposés comme autant de fragments, pour entrer dans une vision globale. S’appuyant sur deux siècles d’histoire, ils proposent une évaluation des bilans et des pertes comprises dans leur sens sociétal.
- La troisième idée développée ici invite à regarder les itinéraires culturels de paysage comme l’exercice d’un nouvel art public urbain. Leur fonction écomuséale, d’apprentissage et de culture ouvre une troisième voie pour aller au delà du musée et du site. Le paysage partagé et arpenté, in situ, devient alors langage, outil d‘une médiation, dressant un état des lieux par un état des liens, et inviter à croiser les points de vue pour changer les regards. Est suggéré comme pratique artistique l’art de l’inversion.
- En quatrième point, cet essai de construction d’une vision globale du paysage hyérois souhaite sortir le paysage du discours du « beau » et les politiques du paysage de « l’embellissement ». Il pose, au cœur de la réflexion sur l’aménagement durable, le paysage comme ressource et ressourcement. N’est-il pas d’abord une énergie renouvelable, une ressource gratuite, un bien public, accessible et appropriable par tous, une attitude pour partager un territoire et une démarche pour résister aux effets de la privatisation du littoral ?
- Enfin, à contre courant des idées reçues sur la protection du littoral, l’auteur tire une sonnette d’alarme sur les dommages collatéraux que les sanctuarisations du littoral ont causé indirectement, en lui ayant confisqué le rôle de laboratoire pour l’architecture et l’urbanisme, rôle historiquement dévolu.
Tel un manifeste pour l’aménagement équilibré de ces zones côtières destinées à accueillir la moitié des habitants de la planète avant la fin du siècle, l’auteur préconise de sortir de l’aveuglement et de s’atteler, à coté des objectifs de conservatoire, à développer ceux d’un jardin d’essai pour un urbanisme innovant et économe, renouant avec les fonctions d’expérimentation et d’innovation pour bâtir une ville solidaire de sa campagne et de la mer. Priorité doit être donnée au maintien de la fertilité des territoires, en faisant de la reconquête de l’agriculture nourricière périurbaine l’infrastructure principale de la ville de demain. Cette attention à la fertilité doit être comprise comme une alliance autre de la nature et de la culture et être faite non seulement de terre et d’eau, mais de l’énergie créative disponible pour les projets. L’auteur propose « de prolonger le slogan du Tiers sauvage » lancé par le Conservatoire du Littoral par celui de la reconquête, pour chaque mètre carré constructible, d’un mètre carré de terre nourricière..., sans quoi, les littoraux n’auront pas seulement soif, mais faim... ».